Hélène Sanguinetti :: Domaine of the Sticky followed by Six Responses to Jean-Baptiste Para ::

2026/30Poetry

A contemporary French poet who lives in Arles, Hélène Sanguinetti has also published Jadis, Poïena (Flammarion, 2025), Cargo Bleu Sur Fond Rouge (Lanskine, 2025), Et voici la chanson (Lurlure, 2021), reprinted from L’Amandier, 2012; Le Héros (Flammarion, 2008), Alparegho, Pareil-à-rien (Comp’Act, 2005 ; second edition L’Amandier, 2015), D’ici, de ce berceau (Flammarion, 2003), and De la main gauche, exploratrice (Flammarion, 1999).

Ann Cefola’s translations of Sanguinetti have appeared as Alparegho, Like-Nothing-Else (Beautiful Days Press, 2025), The Hero (Chax Press, 2018), and Hence, this cradle (Seismicity Editions, 2007). Her most recent poetry collection is When the Pilotless Plane Arrives (Trainwreck Press, 2021); and she is the recipient of a Witter-Bynner Translation Residency, and Robert Penn Warren Award selected by John Ashbery.


Domaine of the Sticky
— followed by Six Responses to Jean-Baptiste Para

(La Lettre Volée, 2017), selected translations

AUTUMN AGAIN

November 2 once more. Anniversary of our dead. Visit to the cemetery, a surprisingly peaceful visit.

What will you do with yourself afterwards? Buried, rotting, stuffed with worms, finally bleached? or burnt, scattered, in splendid nature that you came from? or burnt preserved, delicately posed locked up? Or exposed, devoured on the tower top, pieces of you that scavengers tear off? Hard questions. I’m no samurai. Howl at death which in one fell swoop ages all those who loved, love, stay. Oh, equally crumbly hearts!

Decidedly far from the Hagakure, and the samurai’s hemmed lip that made the hallway’s framed picture shiver.

mine tongue stuck, by the lake I drink, at the edge more than fresh blood,

HELP!

I have more memories of lifting my left arm waving for help the shore hearing only a tiny cry, yes, I shouted “help” and the current that pinned me almost devoured me, suffocated me. The sea had swept me away in less than a minute into the innominato. Sucked in, and so far from shore. Where is the blue, blue shore’s wind smiling, joy on the edge, intoxicating foam, help. Blackness everywhere, immense and total solitude – death touched me, wanted to enter. And immediately in the same movement, living recovers from dying, swallowed it, dying finely hidden somewhere, for a moment hidden.

Being an excellent swimmer means nothing if not the reflex to give yourself to the waves, to flow gently forward, underneath and flat, renounce your ridiculous force, the sea brings everything back, also a living body.

The living body, nothing else.

There I was 4 days ago and I did not come back until noon where she beats and jellyfishes again, on the sand, I listen to her and watch her sparkle. Over there continues to stir, lightly and greedily. I said to her, I said to her: “Sea you do your sea work, love for you, respect.” And also: “That one I love, her voice her laugh have Stayed in my chest, not her face, impossible, or snippets, I’d so much like to have news, to leave here, despite fear, despite You.”

Suddenly it’s evening and suddenly I’m cold, the humidity enters my barefoot skin, enters my shirt, glue, all glue, and gives voice to an unknown people: white cows crowded below the hill, the pancratium maritimum (sea lily, or sand lily)’s white flowers will vanish in an hour, back tomorrow, white again, wood shack where we eat ice cream and fries in the sun, rock grounded for centuries in the middle of the water, blue pines sugared curly, grain that wears out and merges above and below, memories, afterlife, devil, his imp clinging to his pants, dead jellyfish, lots of dead and living animals, the dead and the living, the sea with them. Almost night now.

 AUTOMNE À NOUVEAU

2 novembre à nouveau passé. Anniversaire de nos morts. Visite au cimetière, calme visite étonnamment. 

Que voulez-vous faire de vous après ? Enterré, pourrissant, farci de vers, blanchi enfin  ? ou brûlé, éparpillé, dans la belle nature d’où vous venez  ? ou brûlé conservé, délicatement posé enfermé  ? Ou exposé, dévoré en haut de la tour, morceaux de vous que charognards s’arrachent  ? Dures questions. Le bushi, ce n’est pas moi. Hurler la mort qui fait vieillir d’un coup tous ceux qui aimaient, aiment, restent. Oh, des cœurs aussi friables  !

Loin décidément de l’Hagakure, et de la lèvre ourlée du samouraï qui a fait frissonner l’image encadrée du couloir.

de langue mienne collée, au bord du lac je bois, au bord plus que sang frais,

AU SECOURS !

j’ai plus le souvenir de mon bras gauche levé s’agitant pour alerter 

le rivage que du cri minuscule, oui, j’ai bien crié un “au secours” et le remous qui me clouait là m’a presque englouti, étouffé. La mer m’avait emporté en moins d’une minute dans l’innominato. Aspiré, et si loin du bord. Où est le bleu, vent bleu du bord souriant, joie du bord, de l’écume enivrante, au secours. Du noir partout, immense et totale solitude – mourir me touchait, voulait entrer. Et aussitôt dans le même mouvement, vivre a recouvert mourir, l’a avalé, mourir très finement s’est caché quelque part, pour un moment s’est caché.

Être excellent nageur n’a plus aucun sens alors si ce n’est le réflexe de se donner au flot, de se couler si doucement en avant, à plat et dessous, renoncer à ses ridicules forces, la mer ramène tout, aussi un corps vivant. 

Le corps vivant, rien d’autre.

Je fus celui-là il y a 4 jours et je ne suis de retour ici que ce midi où elle cogne et méduse encore, depuis le sable, je l’écoute et la regarde étinceler. Là-bas continue de s’agiter, légèrement et goulûment. Je lui ai dit, je lui ai dit : ” Mer qui fais ton métier de mer, amour pour toi, respect”. Et aussi : “Celle que j’aime, sa voix son rire sont Restés dans ma poitrine, pas de visage, impossible, ou des bribes, je voudrais tant avoir des nouvelles, partir d’ici, malgré la peur, malgré Toi.”

D’un coup c’est le soir et d’un coup j’ai froid, l’humidité entre par la peau 

des pieds nus, pénètre à travers ma chemise, colle, tout colle, et le peuple 

inconnu donne de la voix : vaches blanches serrées en bas de la colline, fleurs blanches du pancratium maritimum (lis de mer, ou lis des sables) disparues dans une heure, de retour demain, aussi blanches, baraque en bois où on mange au soleil des glaces et des frites, rocher tanqué depuis des siècles au milieu de l’eau, pins bleus sucrés frisés, grains qui s’usent et se confondent dessus et dessous, souvenirs, vies d’après, diable, son diablotin accroché à la culotte, méduses mortes, beaucoup de bêtes mortes et vivantes, des morts et des vivants, la mer est avec eux. Il fait presque nuit maintenant.